Dogme et science à l’ère du covidisme – Romain Vignest

Selon le Dr. Véran, ceux qui critiquent ses choix, ceux qui remettent en cause la compétence ou les décisions du conseil dit «scientifique», ceux qui doutent de l’innocuité ou de l’efficacité des vaccins sont des «anti-science», alors que la science ne se définit précisément pas comme un contenu, une doctrine, mais comme une démarche et alors que ceux qu’il anathématise procèdent précisément selon cette démarche, qui implique le doute méthodique de Descartes, l’esprit d’examen des Lumières et la méthode expérimentale de Claude Bernard – toutes choses auxquelles l’ineffable ministre prétend donc substituer la théologie thomiste.

La recherche scientifique n’est donc habilitée, par exemple, à s’exercer qu’à partir du moment où elle a admis que le confinement est efficace et si possible pour expliquer la mesure et les raisons de son efficacité ; toute étude établissant le contraire est d’office tue et écartée, ou, si l’on n’y peut éviter l’allusion, condamnée comme «biaisée», ceux qui la relaient et en arguent étant bien entendu «complotistes». Il est à cet égard significatif d’entendre, parmi les nombreuses objections sophistiques ou inopérantes élevées contre l’étude qu’a dirigée le Pr. John Ioannidis (lequel apparaît, rappelons-le, dans tous les classements internationaux comme l’un des tout meilleurs épidémiologistes au monde et doit avoir quelques notions et quelque exigence en matière de rigueur scientifique), le «raisonnement» suivant : attendu qu’il est impossible que le confinement soit sans effet sur la propagation d’un virus, l’étude est nécessairement biaisée au départ…

Cette extraordinaire usurpation, cette inversion sémantique, qui consiste à rebaptiser «science» ce que tous les dictionnaires définissent comme «dogme», frappe d’un même mouvement la démarche scientifique elle-même d’hérésie et d’interdit – quand elle ne la présente pas comme une dé-mence (à l’écart de la raison, en latin), contre laquelle certains médias et services sociaux offrent d’ailleurs charitablement écoute et assistance aux proches du possédé.

Voilà qui tend à confirmer la nature profondément religieuse du covidisme, une religion dans laquelle la santé, ou ce qu’on croit tel, tient lieu de salut, dont le clergé se compose de «soignants» et dont le conseil «scientifique» est le collège cardinalice.

Romain Vignest
agrégé de Lettres classiques – docteur en Littérature française